
Selon une source proche des organisateurs, la décision d’exploiter le spot du vallon du ruisseau de Teralts à Fontjoncouse (Aude) était prise de longue date, bien avant l’incendie qui a démarré le 5 août à Ribaute et qui a dévasté 16 000 hectares dans les Hautes Corbières. Le site a été repéré par les hauts dirigeants des différents collectifs organisateurs de ce grand rendez-vous européen de fin d’été. La décision de s’installer près de la D123 qui conduit de l’entrée de Fontjoncouse (134 habitants) à Albas (79 habitants) a été prise trois mois avant l’installation fixée au vendredi 29 août pour 4 jours. Fin mai début juin, cinq dirigeants de plusieurs nationalités (France, Espagne, Italie, Pays-Bas) ont mené une très discrète mission d’évaluation de plusieurs sites dans le sud de la France, en mode randonneurs de printemps. Ils se sont appesantis sur le site de Fontjoncouse considéré comme la destination parfaite pour accueillir plus de 5 000 personnes et 700 véhicules sur un espace de plus de dix hectares très bien situé et desservi, on le verra par la suite. À ce moment-là, point d’incendie encore. Il faudra attendre le 5 août, le village de Fontjoncouse directement menacé, les maisons sauvées de justesse par une cinquantaine de pompiers luttant pratiquement le dos aux murs des différentes habitations. Autour du village, tout est calciné. À perte de vue !

Dans un très long communiqué, les organisateurs demandent le pardon et se justifient à leur manière. « De tout cœur, nous demandons pardon. Tout d’abord nous sommes profondément désolés d’avoir blessé les sentiments des personnes et des communautés touchées par les incendies. Il n’y a aucune excuse possible. Nous avons été inconscients de l’impact que nous pouvions – et que vous avons effectivement causé » écrivent-ils dans ce long communiqué posté sur X le 4 septembre dernier et repris dans tous les médias. « Vous ne pouvez pas imaginer le niveau et de regret et les dilemmes moraux qui nous ont accompagnés pendant toute la fête. Et si la musique n’a pas été arrêtée plus tôt, c’est pour des raisons logistiques que nous n’avons pas besoin d’expliquer ici » poursuivent les organisateurs de la Free Party « From Dusk Till Dawn 2025 » avant de longuement se justifier. « Nous avons commis une grave erreur en choisissant un lieu récemment brûlé. Car même si nous pensions, à tort, qu’un endroit déjà endommagé causerait moins de préjudice, nous avons provoqué exactement l’inverse. Ce ne sont pas tant les éventuels dommages liés à la fête. Le plus grave a été la douleur émotionnelle que nous avons causée et qui nous touche profondément… Nous assurons que cela ne se reproduira plus » ajoutent-ils toujours dans ce communiqué.
À partir du 15 août date à laquelle, l’incendie était circonscrit et en passe d’être maîtrisée le staff restreint des collectifs (les membres du staff étaient les seuls à connaître la destination finale, pour des raisons de secret bien gardé), avait la possibilité de modifier la destination et de trouver un plan B. Car pendant au moins dix jours, le feu des Hautes Corbières avait fait l’objet d’une médiatisation massive, tous supports, mettant l’accent sur l’impact humain de cette catastrophe. Une infirmière à la retraite de 67 ans est décédée dans sa maison et des dizaines de familles ont perdu leur logement, leurs exploitations et leurs vignes comme c’est le cas de viticulteurs de Fontjoncouse. C’est dire que les organisateurs qui maîtrisent totalement les outils numériques, ont totalement négligé ce contexte pour rester sur la problématique purement logistique. Car le site choisi peut être considéré comme un lieu exceptionnel pour y tenir une rave party.

Le site tout d’abord lui-même. Dans un vallon sauvage, éloigné des habitations de Fontjoncouse et d’Albas.
Il est facile d’accès pour tous les véhicules, y compris les lourds camions de l’organisation et les voitures légères des raveurs. C’est 3 kilomètres depuis l’entrée de Fontjoncouse, de la D123 une petite route sinueuse en bon état et peu fréquentée, prolongée par une piste très roulante sur environ 800 mètres, sans beaucoup de dénivelés.
Surtout, le site choisi est particulièrement bien situé : à moins de 30 minutes de trois sorties d’autoroute pour permettre aux participants d’accéder très vite et bien :
Cerise sur « l’électro », la D611 qui conduit de Sigean à l’embranchement de Fontjoncouse est peu fréquentée le soir. Elle ne traverse qu’un seul village : Portel-des-Corbières où leur passage n’est pas passé inaperçu. La patronne d’un restaurant et ses clients en terrasses ont remarqué le trafic inhabituel mais sans percuter. C’est à a la hauteur du domaine de Christophe Tena que le premier convoi a été repéré. Les aboiements du chien ont poussé le maire de Fontjoncouse à sortir pour observer les camions s’engager à gauche en direction du village et certainement pas pour livrer l’Auberge du Vieux Puits de Gilles Goujon***.
La suite de cette désastreuse histoire ? On la connaît : le barrage improvisé du maire et de quelques gendarmes le vendredi soir, qui finit par céder dans la nuit devant le nombre et les violentes menaces, la fête qui s’installe, le préfet Alain Bucquet qui boucle le massif pour interdire l'accès, la colère puis le commando des viticulteurs du secteur.

La profonde et supplémentaire blessure psychologique des sinistrés, le manque d’empathie et de respect des teufeurs. Les 2 500 raveurs verbalisés dont 1 500 pour stupéfiants ou délits routiers. Les 40 voitures des raveurs vandalisées puis massacrées. Et tout de même une très belle recette aux bars et aux buvettes du site qui devrait permettre de reverser une partie des bénéfices à une association d'aide aux sinistrés des Hautes Corbières.