

À la 36e édition de Visa pour l’Image, le vent du succès ne faiblit pas. Chaque jour, depuis une semaine, ce sont de longues processions silencieuses qui investissent les 26 expositions accrochées dans les sites habituels du festival du photoreportage dans le centre historique de Perpignan. Ces visites sont très rarement des promenades d’agrément dans des jardins fleuris et parfumés. On y croise la mort au bout de chacun des couloirs, des tyrans, des scènes de guerre, de la misère, de la souffrance humaine, et même des zombies humains transfigurés par la drogue. « Cette année, je trouve même que c’est particulièrement noir, désespérant. J’attends encore trouver un peu de joie et de bonheur » s’étonne Christie, visiteuse de Visa depuis des années et arrivée de Collioure pour finalement se trouver, un peu, ragaillardie au milieu des grands formats installés dans la cour intérieur de la caserne Galliéni. Là autour de l’olivier qui chaque année prend un peu plus de place, voici donc les meilleures images de la parenthèse enchantée des Jeux Olympiques de Paris. Ce sont les plus belles images produites par les photographes de l’AFP. Au couvent des Minimes, le centre névralgique de toutes les guerres du monde, une large place a été accordée à l’œuvre remarquable de Paula Bronstein, trente ans de photos dans « La tourmente du monde » comme elle dit.

En 55 images exceptionnelles, on revisite ces années de ses reportages assidus notamment en Afghanistan avant de basculer à partir de 2022 sur le théâtre des opération ukrainiennes. Elle signe notamment une série de photos exceptionnelles dans le cimetière de Kharkiv. Ce jour-là, on y enterre cinq personnes de familles différentes avec cinq prêtes différents. Paula est au plus prés des visages et des larmes. Puis le soir venu lorsque le soleil embrase le ciel de rouge, sang, elle revient, seule au monde entre les tombes pour fixer une image d’anthologie avec pour seul témoin, le vent du soir pour donner du mouvement aux fanions mortuaires. En visite commentée de son exposition, Paula Bronstein, américaine du Colorado, installée à Bangkok depuis les années 90, est passionnée et captivante. Elle donne à ses auditeurs des foules de détails sur ses prises de vue et rappelle l’esprit de son travail de documentation.
« Les 55 images de cette exposition offrent un regard rétrospectif sur près de trois décennies de travail. J’espère être parvenue à allier une dureté nécessaire à une compulsion humanitaire à observer des situations difficiles » témoigne la photographe qui a reçu cette année le Visa d’Or Le Figaro Magazine pour l’ensemble de cette carrière au service des grands magazines américains et de Getty Images.
« Pendant la plus grande partie de ma carrière, j’ai cherché à saisir les caractéristiques et les effets qui entourent la guerre, les conflits politiques, les injustices sociales et les urgences humanitaires. Il est important de pouvoir apporter un témoignage sans être trop cru ni chercher à exploiter la situation, de proposer une impression visuelle forte et de susciter l’empathie. Je m’efforce toujours de donner une voix visuelle aux personnes souvent laissées pour compte » poursuit-elle en parfaite illustration du travail de tous les photoreporters qui viennent accrocher ici leurs images depuis 36 ans. Pour sublimer la vie.
paulaphoto.com pour découvrir l'œuvre de Paula Bronstein

Pierre Faure : France Périphérique
Afshin Ismaeli : Afghanistan, la vie sous les Talibans 2.0
Gaël Turine : Les ravages de la Tranq
Zéro polémique : l'édition 2024 s'est ouverte sur la position polémique de Louis Aliot, le maire, refusant de remettre lui-même le Visa d'Or de la ville de Perpignan au lauréat gazaoui Loay Ayyoub. Mais l'évènement n'a pas été perturbé par la question palestinienne.
Visa jusqu'au 15 septembre (10h. 20h). Puis les 28 et 29 septembre pour les retardataires.