Festival Off d'Avignon. Laura Authier : elle brûlera les planches partout où le vent la portera !

Elle joue « En Jeu » seule en scène sur le fil du rasoir. Sa prouesse théâtrale est phénoménale. C’est son premier spectacle et elle n’a que 23 ans. Jusqu’au 26 juillet, à l’heure de l’Angelus du soir (19h10) au Off d’Avignon.

Laura Authier dans sa pièce En Jeu au Off d'Avignon. le mouvement perpétuel. (c) Victoria Vinas

C’est son tremplin. Pour toute une vie d’artiste. C’est une petite salle au fond d’une cour. Sans décor ni accessoire. Scène tendue de noir avec juste un cajon. Son jogging de théâtre est bien trop large. Qu’importe. Laura Authier, 23 ans est à sa juste place avec une aisance impressionnante pour ce premier grand-rendez-vous artistique après un galop d’essai au Off de 2024.

Morgane, petite hyperactive !

Sur l’estrade voici donc Morgane, petite fille hyperactive de 4 ans. Laura incarne aussi sa mère monoparente, dépassée par la situation, le professeur de médecine, sa professeure de danse qui clope et reclope. Puis Morgane devenue adolescente. Son premier amoureux qui ferme la porte à double tour pour une nuit sans amour. C’est cette histoire-là qu’elle porte seule en scène. « Lorsque je l’ai rencontrée la première fois en 2021, son désir c’était d’écrire une pièce. Ce n’était pas juste de monter sur scène. Pendant des mois nous avons travaillé à l’écriture. Son bagage littéraire est énorme. Elle semble avoir tout lu depuis Sophocle. Son bagage musical est aussi immense » raconte Gérard Sibelle, réputé conseiller artistique, obstétricien des beaux textes de théâtre qui a fait cette découverte et l’a encouragée jusqu’à son intégration dans la société internationale de production Quartier Libre.

Bagage littéraire

« Ecrire pour m’exprimer mais surtout pour interpréter, m’octroyer le droit de jouer et de défendre mes propres convictions. L’idée d’incarner plusieurs personnages m’est apparue comme un challenge intrigant, en apportant un côté romanesque à cette histoire » explique l’autrice, cette petite fille de la Riviera qui a toujours respiré « théâtre ». Après écrire, réécrire, inlassablement. De travail en labeur. Ecole de Danse. Cours d’Art dramatique à Nice, Paris, Londres. C’est cette force de travail qui façonne cette maturité scénique, cette densité qui saisit le spectateur, le met à bout de souffle. Le texte, d’une grande profondeur, est richement ouvragé et animé par ce corps toujours en mouvements et les expressions de ce visage. Laura mime, danse, crawle, se contorsionne, esquisse hip hop et flamenco sans jamais quitter du regard les spectateurs. Les changements de costumes se font à vue dans le mouvement, sans altérer jamais la déclamation.

Insaisissable Laura

Laura Authier dans sa pièce En Jeu (c) Lola Gilbert
Laura Authier dans sa pièce En Jeu (c) Lola Gilbert

Au bout d’une heure, l’affaire est classée. Les spectateurs ont adopté,Morgane, petite résiliente, lucide, hardie et culottée. Soudés à leur siège ils en veulent encore, tout connaître de ce que cette fillette a fait de sa vie. Insaisissable Laura s’échappe en pirouette. « Morgane ? Mais elle est née en 1920 ! » s’exclame-t-elle. En comptant bien, au mieux, ce serait aujourd’hui une croustillante vieille dame dans l’ancienne chambre de Jeanne Calment à la maison de retraite d’Arles à déguster chaque jour son verre de Porto. Puis, Laura tire un dernier coup de feu comme à la fin d’un bon western. A l’heure de saluer, voici que son visage, apaisé, retrouve toute la douceur de ses traits de jeune fille au sortir de l’adolescence. Sa standing ovation mêle belle sincérité et palpable émotion. On sait déjà que Laura Authier, brûlera les planches, partout où le vent la portera.

 

« En Jeu » par Laura Authier, tous les soirs jusqu'au 26 juillet (sauf les mardis 8, 15 et 22 juillet) à 19h10 (à partir de 12 ans). A la Factory, espace Roseau Teinturiers, 45 rue des Teinturiers à Avignon. Production Quartier Libre. Mise en scène Carine Rugliano. Chorégraphie : Julien Mercier. Tarif : de 15 à 22 €. (Il est prudent de réserver).

Clémentine, sur la route de Madison

(Republication  de  Topsudnews.fr  2018) À Vias, au théâtre de L'ardaillon, Clémentine Célarié a fait, une nouvelle fois, revivre la passion absolue de Francesca Johnson dans « Sur la Route de Madison ». Plus que du théâtre. Toute une vie.

Clémentine Célarié est l'incarnation absolue de Francesca Johnson.

Les paysages et les sentiments de la route de Madison sont éternels,  indestructibles. Le temps, la répétition des représentations depuis cette création portée au Festival d’Avignon 2017, n’érodent en rien les  sensations que l’on peut ressentir. Ici, le bouleversement est permanent, comme dans le film de Clint Eastwood, comme dans l’œuvre de Robert James Waller, page après page. Et la pièce mise en scène par Anne Bouvier, donnée au théâtre de l’Ardaillon de Vias (Hérault) ne  fait donc pas exception à la règle. D’ailleurs, de théâtre, il n’est même plus question. Au bout de dix minutes que Clémentine Célarié et  son partenaire ont envahi l’espace scénique, les gradins disparaissent d’un seul coup et les spectateurs avec. Pas un bruit dans la salle, juste le silence qui accompagne leur existence, pendant quatre jours et trois nuits dans cette cuisine de ferme. Non ce n’est plus du théâtre à  jeu d’acteurs. C’est une tranche de vie  subtilement mise en scène et en lumière pour rendre  compte du mouvement du soleil et avancées  des sentiments entre Francesca Johnson et Robert Kincaid. Elle est femme de fermier à 100 % après avoir été professeure de littérature comparée. Il est  photographe pour le National Géographic, bourlingeur et poète autoproclamé. Ces deux-là sont incarnés par Clémentine Célarié et Jean Pierre Bouvier. Ils ne jouent pas les personnages de Robert James Waller. Ils les vivent au plus profond d’eux-mêmes et les mots pour le dire viennent aisément, coulent naturellement. Et les gestes pour apprendre à s’aimer aussi. Alors, à perdre haleine, on accompagne Francesca jusqu’au bord de la  falaise de sa propre existence, jusqu’à l’extrémité de ce grand amour qui bouleverse tout. Qui domine tout. Dans le roman, comme dans le  film et dans la pièce, Francesca regarde partir le pick-up de Robert. Quatre jours et trois nuits d’amour pour éclairer tout ce qui reste à ressentir de cette vie-là  dans la ferme des Johnson comme une petite fenêtre éclairée qui veille, nuit et jour, à chaque instant, sur celui-là qui est parti. Et qu’elle aime tant. Et pour toujours. « Je t’aime tellement que je ne veux pas te retenir » dit Francesca au paroxysme de son déchirement intime. Partir et tout quitter pour suivre Robert, le grand amour de sa vie.

Et sans doute détruire ceux qui resteraient derrière : Richard le fermier, le mari, Michaël et Caroline les deux enfants et puis « cette maison que je porte en moi ». Ou bien rester, ne rien dire et garder cette flamme intacte. S’offrir un verre de Brandy et fumer une cigarette une fois par an, pour fêter, bouche muette, ces plus jours de sa vie. Qui furent aussi trois nuits. Au bout de cent minutes de cette vie-là, Sur la  route de Madison, dans la cuisine du  grand amour, au milieu des  marmites du désir, la lumière se rallume. C’est la fin d’une tranche de vie qu’on croyait éternelle. On retourne au théâtre pendant quelques minutes. Francesca Johnson redevient la comédienne Clémentine Célarié qui salue son public. Des applaudissements nourris. Quelques personnes se lèvent… Pour finalement quitter la salle. La standing ovation est escamotée. Francesca est repartie. Sur la route de Madison. Pour toujours.